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Neurodivergents, et alors ?

Adam Sauvé (Metteur en scène et comédien dyspraxique), Charlotte Poitras (Comédienne autiste et haut-potentiel) et témoignage d’Anne Tremblay (Comédienne dyspraxique avec déficience intellectuelle légère)

L'épisode donne la parole aux artistes de la neurodiversité au théâtre.

Une nouvelle représentation des personnes atypiques

Il est question de personnes neuroatypiques (NA), catégorie qui englobe les personnes autistes, les personnes ayant un trouble de l’attention avec ou sans hyperactivité, les haut-potentiels, les dys (dyspraxique, dyslexique), et cette liste n'est pas exhaustive, les conditions peuvent se cumuler. Ces personnes s'identifient parfois au mouvement de la neurodiversité, d'où l'apparition depuis la fin des années 90 du terme neurodivergent, en référence à une différence neurologique par rapport à ce qui est perçu comme étant la norme neurologique.

Vu sous cet angle, un.e artiste de la neurodiversité peut envisager sa différence comme une force, mais révéler sa condition est encore délicat. La plupart des professionnels du milieu artistique peuvent avoir une attitude ouverte, même si des propos maladroits existent ('T'as pas l'air autiste / dyslexique… ’) du fait que la condition neurologique n'est pas immédiatement visible ; les artistes de la neurodiversité craignant d'être écartés des projets préfèrent cacher l'information ou ne voient pas la nécessité d'en parler.

Expérience de la neurodivergence au théâtre

Un.e interprète de la neurodiversité peut apporter beaucoup d'intensité et de fraîcheur à son personnage. Le jeu et l'appropriation du rôle ne passeront pas forcément par les techniques les plus enseignées - qui privilégient le mouvement, l'émotion - mais plutôt par un raisonnement et une technique formalisée, qui vont mener à une expressivité originale et assumée (exploiter une voix monocorde, une hypersensibilité sensorielle ou un trouble de l'élocution, par exemple).

Dans ces conditions, jouer un rôle devient une facilité lorsque l'on sait imiter les émotions plutôt que d'essayer de les ressentir. L'environnement de travail doit être cadré, respecter des normes explicites pour éviter les mauvaises interprétations, et les enseignants de théâtre et collègues doivent être ouverts d'esprit afin d'accueillir une créativité particulière qui ne peut qu'enrichir un projet artistique. De nombreuses de personnes de la neurodiversité s'orientent vers l'apprentissage et la pratique du théâtre car leurs limites s'estompent lorsqu'elles expriment leur créativité sur scène.

Les lieux de spectacles commencent à s'adapter aux autistes assistant à des représentations : c'est le cas au Québec pour les enfants autistes ou au New Amsterdam Theater à New-York - abaissement de l'éclairage, sons pas trop agressifs, environnement sans jugement.

Les artistes neurodivergents au théâtre

Les arts, notamment le théâtre, attirent un très grand nombre de personnes de la neurodiversité. À l’époque où il n’y avait pas les diagnostics d’aujourd’hui, on parlait d’originaux, de mélancoliques ou d’artistes maudits.

Les artistes autistes peuvent avoir des capacités très aiguisées, si le jeu représente pour eux un intérêt spécifique ils peuvent se spécialiser sans effort. Le fait de pratiquer le camouflage en permanence depuis l'enfance pour s'adapter à la société, facilite l'appropriation des rôles pour certains, tandis d'autres dotés d'une forte empathie peuvent montrer une grande sensibilité émotionnelle.

Travailler avec des artistes de la neurodiversité, c'est découvrir d'autres façons d'aborder et de déployer un projet artistique, grâce à leur pensée latérale. Occasionnellement se pose la question de savoir s'il faut confier un rôle de personne ayant une condition neurologique atypique à un artiste de la neurodiversité. D'un côté, certains artistes ayant des traits neurodivergents très marqués devraient se voir attribuer ces rôles, car sans cela elles n'auraient que peu ou pas d'opportunité de faire carrière. D'un autre côté, seule la compétence devrait compter, donc un artiste neurotypique (NT) pourrait jouer un tel rôle si son interprétation surpasse celle d'une d'un NA.

Par exemple, dans le cas de la pièce Le bizarre incident du chien pendant la nuit, d’après le roman de roman de Mark Haddon dont le héros est un adolescent autiste, adapté dans plusieurs pays et joué au Théâtre Duceppe en 2018, l'interprète principal était NT, alors qu'en Angleterre, il était NA.

En matière d'auditions, l'inclusion passe au minimum par la publication d'une annonce mentionnant explicitement que les artistes de la neurodiversité peuvent postuler, même pour un rôle de NT.

Conclusion

Pour éviter de propager des stéréotypes liés à la neurodivergence, il faudrait que les professionnels du théâtre et le public ne présument pas que toutes les personnes de la neurodiversité sont identiques et anormales (bizarres, insensibles, voix robotisée, pas capables…), et écartent de manière générale les réflexes liés au capacitisme.

Les artistes de la neurodiversité devraient assumer le fait que leur condition neurologique compte à 100 % dans leur processus créatif. Cependant, leur talent artistique ne doit pas se limiter pas à leur condition, sinon ils seraient le neuroatypique de service.

Références

neurodivergents_et.txt · Dernière modification: 2021/09/23 19:03 de 172.97.217.23