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Comment apprécier une œuvre de théâtre ?

Adam Sauvé (Metteur en scène) et Véronique Pascal (Comédienne, Auteure)

L'épisode aborde les thèmes de la formation du goût pour le théâtre et les codes esthétiques.

Qu'est-ce qu'une œuvre ?

Au sens premier, c'est le fruit du travail de la main (celui de l'ouvrier) ; puis par extension dans le domaine artistique, une production de l'esprit. La production d'un artiste de théâtre est le fruit de son talent.

Pour démystifier le terme d'œuvre, on peut simplement parler du travail de l'artistes. En ce qui concerne l'appréciation de ce travail, qui décide de ce qu'est un chef-d’œuvre ou une œuvre magistrale ? Les critères sont subjectifs et très variables selon que l'on considère la notoriété d'un metteur en scène, d'un auteur, les scores d'audience ou l'expérience du spectateur.

Les goûts de l'époque

La distinction entre tragique et comique est-elle toujours d'actualité ? Ici, il est question de la gravité, qui est supposée être supérieure ou plus élitiste que la comédie ou au vaudeville. Les créateurs d'œuvres comiques se sentent obligés de justifier de la valeur de leur pièce auprès des producteurs et des partenaires financiers.

La théâtralité (conformité aux règles classiques du théâtre) est également revisitée grâce à la montée en force du théâtre de création (œuvre originale, par opposition au théâtre de répertoire), notamment celle du théâtre documentaire.

Qui sait apprécier le théâtre ?

Une question provocatrice qui permet de réfléchir aux conditions d'accès à l'art et à la culture. Faut-il avoir suivi des cours de littérature pour être capable d'apprécier un travail artistique ? Le théâtre ce n'est pas de la littérature, mais essentiellement de l'action. Certains ajouterons que c'est du rêve et de l'émotion.

L'introduction de la culture pop dans les créations originales est devenu un phénomène majeur qui a contribué à rendre le théâtre plus accessible, en raison de références empruntées à la science-fiction, à la publicité, au cinéma ou à la musique, et parfois transmises sur plusieurs générations.

En outre, l'appréciation d'une œuvre est de plus en plus influencée par la neuroesthétique. L'ouverture à une démarche artistique éloignée de ses références personnelles et sensorielles, l'échange avec les artistes, sont les premières étapes de sensibilisation. Cependant, à l'instar du cinéma Hollywoodien, certaines grosses productions, comme celles de Broadway ou le spectacle aquatique O Cirque du Soleil (très apprécié des spectateurs pour son effet apaisant), font un usage intensif de déclencheurs émotionnels destinés à renforcer l'adhésion à l'histoire. La neurologie devient un outil qui s'ajoute à la scénographie et à la mise en scène, avec pour objectif final de réduire le risque d'échec d'une production.

Conclusion

Aimer ou ne pas aimer : un goût se construit, évolue dans un sens comme dans un autre tout au long de la vie. La formation d'un goût artistique dépend de la disponibilité du spectateur. Si le théâtre peut informer, former et divertir, il peut aussi réformer en bousculant la bonne conscience collective et individuelle.

Ultimement, l’art n’a pas à plaire ou déplaire, les créateurs doivent être en mesure de conserver une certaine liberté - assumer un risque - par rapport aux stratégies visant à fidéliser les spectateurs.

Références

apprecier_une_œuvre_de_theatre.txt · Dernière modification: 2021/09/23 19:01 de 172.97.217.23